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De la Cité à la Cité #1 : Chloé et Idrissa

Dans le cadre de l’organisation des RIAC 2012, nous vous proposons des articles présentant des parcours, tranches de vies, d’anciens résidents de la Cité. De leur séjour à la Cité, à leur participation au RIAC 2012, comment la CIUP, avec sa dimension internationale et humaine les a transformé ?

Le récit ci-dessous a été rédigé à 4 mains par Chloé de Perry  (2006-2009 MPF) & Idrissa Sibailly (2007-2008 FDM – 2008-2010 FEU).

Tout a commencé là…

Chloé : …dans la cuisine du 4ème étage côté Arménie, à la Maison des Provinces de France de la Cité internationale universitaire de Paris. J’entre, un coup d’œil à ceux qui sont déjà attablés, une légère crainte puis un bonjour et un sourire. Je m’appelle Chloé. Moi, c’est Nizar. Moi, c’est Julie. Moi, c’est Ricardo. Moi, c’est Presci. Moi, c’est Louis-Jérôme. Moi, c’est Hayet. Et c’est parti pour un tour du monde d’histoires de vie… De dîners en picnics sur la pelouse, le monde s’agrandit, s’enrichit, de couleurs, de différences, de sourires. Une nouvelle famille est née, celle qui voit dans l’autre un ami, un frère, au-delà de l’apparence. Cette cuisine elle me rappelle d’abord celle de mon enfance…

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Idrissa : … un mercredi ensoleillé de l’année universitaire 2005-2006. Christoph, un ami allemand alors étudiant en échange Erasmus, m’invite à venir regarder un match de foot à la Fondation Heinrich Heine. Je descends pour la première fois à l’arrêt Cité Universitaire de la ligne B du RER et découvre l’imposante façade la Maison Internationale : wouah !  Je traverse ensuite le beau parc jusqu’ à la maison des étudiants allemands : wouah !  Après un match extraordinaire, mon équipe favorite perd mais tout le monde autour de moi est content (sans doute était-ce une équipe allemande qui avait gagné).  Christoph propose alors d’aller faire un tour au Bar de la Deutsch (certainement une autre maison allemande, pensai-je). Taisant ma déception, je suis le mouvement et me console bientôt en découvrant, émerveillé, les pavillons pittoresques de la Fondation Emile Deutsch de la Meurthe…  Décidément, cette résidence étudiante n’a rien à voir avec les logements CROUS que j’ai connus quelques années auparavant…

Chloé : … à La Brunelière, dans le Maine-et-Loire. Maman toujours affairée, à moitié assise sur sa chaise, au service de la famille, pour que tout le monde ait sa place et mange suffisamment. Une cuisine chaleureuse, une cuisine ouverte sur la campagne et la nature, où l’on se retrouve pour le petit-déjeuner, le déjeuner, le thé, le dîner… de manière régulière, comme autant de rendez-vous, de retrouvailles familiales, pour partager sa vie, ses idées, ses émotions, ses colères aussi. Une cuisine de vie… d’où l’on s’échappe parfois pour éviter la routine quotidienne… s’évader…

Idrissa : … en 2000. Résidence Jussieu sur le campus de la DOUA, à Villeurbanne près de Lyon.  Chambre 109 dans le bâtiment D. D comme délabré ? Non. Malgré la peinture défraîchie, ce que je retiens c’est plutôt D comme ces dîners partagés dans la convivialité avec Jean-René, Karfallah, Ludovic, Nassera, Mohamed,  Antoine, Nigel, Dietrich… 9m2 c’est peu de place pour étaler ses rêves, alors chacun laisse sa porte ouverte et très vite on se rencontre. Très vite, on se rend compte qu’ensemble on a beaucoup à partager. A travers nos longues conversations,  je découvre les Comores, les Hautes-Alpes, l’Algérie, la Syrie, le Sénégal, la Guadeloupe, le Burkina Faso… Notre auberge espagnole à nous, c’est le CROUS…

Chloé : …en rejoignant Pornichet, sur la côte Atlantique… la mer à perte de vue qui brille sous le soleil… le sable de la plage qui donne cette sensation incomparable de vacances lorsqu’on le foule de ses pieds… La plage… ce sont les amis, en particulier ceux du club des Dauphins où l’on joue et grandit ensemble chaque été. On y vient et on s’y retrouve en familles… les parents ne sont jamais bien loin des enfants, et les animateurs sont là pour créer du lien… de la gym du matin au grand jeu de l’après-midi, les enfants se succèdent et forment une fratrie joyeuse, une école de la vie, loin des bancs de l’école primaire…

Idrissa : … en décembre 1999, mon arrivée en cours d’année scolaire au Lycée Jeanne d’Arc à Paray-le-Monial ne passe pas inaperçue puisque je suis, me semble-t-il, le seul étranger, certainement le seul Noir. Malgré la curiosité que mes origines suscitent je reçois de mes camarades un accueil chaleureux et garde de cette année scolaire d’heureux souvenirs… La chambre individuelle tout confort de l’internat dont la majorité des pensionnaires est originaire de Saône-et-Loire contraste drôlement des chambres doubles sans porte, sans climatiseur ni lavabo, du Lycée Notre-Dame d’Afrique situé sur les bords de la lagune Ebrié dans le sud d’Abidjan…

Chloé : …à l’école, de la maternelle au lycée, à la campagne, bien peu de diversité, si ce n’est celle des compétences… mais lorsque l’on est petit, on ne se rend pas compte de cela. On prend les choses comme elles viennent, et les gens comme ils sont. A l’adolescence on pense à soi et à ce que l’on souhaite faire de sa vie, quitter vite le nid familial qui nous étouffe un peu, pour être libre… quelle utopie. L’université c’est un premier pas, pour moi ce fut d’abord Cholet, puis Angers… l’amphi c’est un état d’esprit ! On se sent grand et important… attention, on étudie ! Mais la vraie liberté… c’est la découverte du monde… c’est ce que je vais découvrir en partant en Erasmus…

Idrissa : … en août  1997,  retour à Abidjan après une paisible enfance à Genève. Un double choc, culturel et thermique. Seules la brise lagunaire et l’eau froide des deux douches quotidiennes permettent de refroidir la tête des lycéens en uniforme que les Pères marianistes forment depuis plusieurs décennies. Un havre de paix au cœur d’une ville bien agitée, mais des règles trop strictes pour l’adolescent de 15 ans que je suis. Il me semble aujourd’hui que tout cela n’était qu’un prélude aux belles années que j’aurais à vivre à la Cité.

Chloé : …à l’Université Jaume I de Castellon de la Plana, en Espagne… A moi s’ouvre l’Europe, dans sa pluralité… mon auberge espagnole. Nous sommes tchèques, italiens, finlandais, allemands, grecs, anglais, espagnols, français… et nous avons tous ce même élan, cette même soif de vivre, cette même joie de se retrouver autour d’un plat de pâtes au pesto, d’aller à la rencontre de l’autre, de le comprendre et de partager sa culture, sa richesse. En fermant les yeux je vois un grand soleil, celui qui brille sur l’Espagne, mais qui brille aussi dans les yeux de chacun de nous… européens. Grandie de cette ouverture sur l’Europe, je ne peux pas rentrer à Angers… Heureusement Paris me tend les bras… et un nouveau petit monde encore plus grand m’attend…

Idrissa : …en 2007 retour à la Cité internationale où je suis d’abord admis pour un court séjour à la MIAA dans une chambre double sans lavabo comme à l’internat de Notre-Dame d’Afrique. J’y partage des dîners avec des voisins de palier d’un peu partout comme à Lyon.  Je découvre ensuite qui est Emile Deutsch de la Meurthe (un industriel français qui n’a rien d’allemand) et j’ai le bonheur, après Sartre et Senghor, d’occuper une chambre dans un de ces charmants pavillons où je rencontre des amis mauritaniens, chiliens, canadiens, argentins, norvégiens, avant de passer deux merveilleuses années à la Fondation des Etats-Unis. C’est cette diversité qui me conduit au bar du Théâtre de la Cité où la suite de mon histoire commence par une rencontre avec une certaine Chloé de Perry J.

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Chloé : …à la Cité internationale universitaire de Paris. J’y suis arrivée par hasard… par un heureux hasard. A l’époque je ne connaissais des Noirs et des Arabes que ce que l’on vo(ya)it à la télévision lorsque l’on est français, ou peut-être européen… des immigrés qui ne travaillent pas, profitent des aides sociales, mettent le feu aux banlieues. Lorsque j’ai découvert à la Cité que mes voisins étaient algériens, tunisiens, marocains, camerounais, ivoiriens… j’ai eu un peu peur… avant de découvrir qu’ils étaient comme moi, des étudiants animés par la même soif de connaissance et de réussite, de bonheur et d’amitié. J’ai compris combien la peur nait de la méconnaissance de l’autre… cette peur qui crée les conflits, cette peur que les Pères Fondateurs de la Cité internationale ont cherché à tuer dans l’œuf, ici, dans chacune des 42 maisons qui composent la mosaïque culturelle de la Cité. Je suis fière aujourd’hui de dire d’où je viens et le chemin que j’ai parcouru, grâce à la Cité internationale, pour pouvoir offrir mon cœur à un autre « petit » de la Cité internationale : Idrissa Sibailly J.

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