abbaye royale de royaumont - 3776 - 26 juin 2011 - blanca

Témoignages d’Anciens – Blanca VAN HASSELT (1987 – 1990)

En quelle(s) année(s) et dans quelle(s) maison(s) avez-vous résidé à la Cité ?

« Résidente au Collège Néerlandais, de juillet 1987 à septembre 1990. »

A quelle université étiez-vous inscrit, quelle formation suiviez-vous ?
« Après une formation en géologie à L’Université Catholique de Louvain (KUL) en Belgique, suivie d’une formation d’ingénieur géologue à l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy, j’étais inscrite à l’Ecole des Mines de Paris. J’y ai fait une thèse de doctorat dans le Centre de Géologie de l’Ingénieur.  »

Pourquoi avoir choisi d’étudier sur Paris ?
« Il existe des contacts entre l’Ecole Nationale Supérieure de Géologie de Nancy où je venais de terminer ma formation d’ingénieur et l’Ecole de Mines de Paris. Le sujet proposé par le Centre de géologie de l’Ingénieur de l’Ecole des Mines me plaisait, et découvrir Paris par la même occasion, qui aurait refusé ? »

Quels souvenirs gardez-vous de vos années de séjour à la Cité ? Racontez un souvenir, en partie :
« Mes souvenirs de la Cité, ce sont surtout les découvertes d’autres cultures. Au début une multitude d’impressions qui ressortaient des échanges dans un français mal maîtrisé. Petit à petit les choses ont pris forme. Autour d’un thé vert, Ann Young, une jeune chanteuse soprano coréenne racontait ses retraites dans un monastère bouddhiste dans une forêt de bambou dans les montagnes brumeuses quelque part dans l’Est de la Corée du Sud. Mes voisins, Ali et Goshka un couple chaleureux, lui Iranien, elle Polonaise. Un autre voisin m’a fait découvrir le Robaiyat de Omar Khayyam, une collection de poèmes et quatrains que je relis encore de temps en temps. Andreas, était un jeune physicien allemand qui venait de Berlin Ouest. Habitué à vivre dans une ville où il fallait un permis pour aller dans les campagnes alentours, il a mis quelque temps avant de se déplacer au-delà du Paris-intramuros. Pierre, chercheur hollandais à l’institut Pierre  »

Les valeurs humanistes à l’origine du projet de la Cité Internationale, étaient-elles une réalité ou une utopie ?
« Tout d’abord je dois avouer la grande honte que j’ai ressentie en découvrant lorsque je vivais à la Cité, que les étudiants coréens connaissaient bien l’histoire et la géographie de l’Europe. Ils connaissent nos rois, nos guerres, les Papes et les palais … on le leur enseigne dans les programmes classiques. De mon coté pendant ma scolarité l’enseignement avait été assez « Eurocentrique ». Certes je savais situer les pays sur une carte. On nous enseignait surtout les aspects économiques (pays producteurs, exportateurs, le PNB, …), mais je n’ai aucun souvenir d’avoir appris l’histoire des empires chinois, des sultans indiens, les relations commerciales historiques entre la Chine, l’Indonésie, la cote Est Africaine, … Rien non plus sur l’Afrique ou l’Amérique latine en dehors des périodes coloniales.
Les rencontres que j’ai pu faire à la Cité, m’ont valu une imprégnation diffuse et inconsciente des autres cultures. Ce que je ne pouvais apprendre pendant mon séjour à la Cité du fait de ma maîtrise imparfaite de la langue française, il a fallu le compléter par la lecture. Aujourd’hui mes lectures sont souvent encore sur les civilisations, les voyages, les biographies, la géographie et l’histoire moderne. Mon intérêt pour tous ces sujets je le dois aux rencontres que j’ai été heureuse de pouvoir faire à la Cité. Apprendre à connaître les autres, leur histoire, leur culture, les coutumes,… c’est favoriser la tolérance, la compréhension et la coopération. A la question sur les valeurs humanistes, pour moi c’est une réalité. Et j’espère que ça le restera encore pour de nombreuses générations d’étudiants.  »

Etes-vous resté en contact avec des résidents à la même époque que vous ou des Anciens de la Cité ?
« Dans l’ensemble je pense que ce n’était pas facile de garder contact. Quittant la Cité, la plupart des étudiants n’avaient pas complètement terminé leur thèse. Il suit alors une série d’adresses temporaires, le temps de terminer la thèse, de trouver un premier emploi et de finalement se stabiliser. Lorsque je quittais la Cité en 1990, il n’y avait pas les adresses e-mail et les téléphones portables, coordonnées qui restent souvent fixes malgré les déménagements. Et pour ceux qui repartaient dans tous les coins du monde le moindre appel international coûtait fort cher. Skype n’existait pas. Peut être que c’est plus facile aujourd’hui de maintenir le contact.
Cependant, pendant longtemps je suis restée en contact avec quelques amies coréennes l’une restée en France, l’autre que j’ai pu revoir plusieurs fois lors de ses voyages en Europe faisant escale à Paris. Pendant longtemps aussi je suis restée en contact avec un ami allemand qui est resté en France également. Mais je suis surtout resté en contact avec un ami indien. Malgré son retour en Inde les contacts sont restés. Nous nous sommes revu quelques fois à Paris, mais nous nous sommes surtout envoyés des livres, les livres qui nous marquaient. Sa manière de voir le monde et sa curiosité, m’ont beaucoup influencée. Nous nous étions rencontrés pendant cette fameuse année 1989, il est décédé dix ans plus tard.  »

Etes-vous revenu à la Cité depuis votre séjour ?
« Je suis revenu plusieurs fois à la Cité dans différents contextes. Au début j’avais encore des amis qui résidaient à la Cité. Je me souviens, d’un vernissage d’exposition au Collège Néerlandais en 1991. Le vin d’honneur avait été particulièrement joyeux, et un artiste néerlandais dont le nom ne me revient pas, a commencé à faire un dessin sur le mur du hall proche de la fontaine du patio. Je crois un bateau, il y a du noir et du rouge. Aujourd’hui ce dessin est protégé par un encadrement.
A d’autres occasions je suis revenue pour la bibliothèque et l’espace langues.
En 2002, mon objectif était un peu plus particulier. J’étais venue pour visiter la maison du Japon et pour une rencontre avec le directeur et quelques résidents japonais. C’était une démarche de ma part en préparation d’une expatriation (j’ai travaillé au Japon environ 3 ans entre 2003 et 2006). »

Quelles différences notez-vous entre aujourd’hui et l’époque à laquelle vous avez connu la Cité ?
« Malgré des passages occasionnels, les lieux me sont restés très familiers et m’évoquent toujours des souvenirs. Je me sens encore un peu comme chez moi. Seulement de par le fait de ne plus y connaître personne, on devient alors spectateur et on se rend compte que le temps passe et que la Cité appartient à une nouvelle génération avec ses propres expériences. »

En tant que membre de l’Alliance Internationale, quel rôle souhaitez-vous jouer en faveur de l’association des Anciens et plus généralement de la Cité ?
« Dans mon parcours professionnel j’ai pu vivre quelques années en Chine et au Japon, j’ai aussi pu passer quelques mois en Hongrie, en Espagne et en Inde, quelques semaines au Chili et en Australie. J’ai gardé cette addiction à une curiosité d’autres cultures, d’autres coutumes, d’autres langues. Oui, j’aimerais revenir à la Cité et me re-immerger dans ce microcosme international. Habitant en région parisienne c’est tout à fait faisable de revenir pour participer à des conférences ou des débats. La difficulté c’est de pouvoir se libérer pour les activités qui ont lieu pendant les heures de travail (je pense par exemple aux petits déjeuners organisés par l’Alliance Internationale autour d’une rencontre ou un débat). Car même si j’ai toujours l’esprit international, ça fait long temps que je ne suis plus étudiante et que je vie avec un autre rythme. »

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