Témoignages d’anciens : Denis Miau (1970)

Denis MiauLa réalisation du formidable projet de création d’une Cité internationale, né après la guerre de 14-18, est une idée remarquable : lutter pour la Paix et la réconciliation. Construire, grâce à de grands architectes, de très beaux bâtiments dans un immense parc, sans aucune frontière entre les différentes constructions, accueillant de nombreuses nationalités afin de brasser les différentes populations d’étudiants, ne peut que favoriser l’entente entre les peuples. J’ai, pour ma part, vécu cela 3 ans dans les locaux pleins de charme de la Fondation Deutsch de la Meurthe, la plus ancienne de la Cité puisque construite vers 1925.

J’ai été admis à la Cité internationale en 1970, à la Fondation Deutsch de la Meurthe. Je préparais alors le professorat de Dessin et d’Arts plastiques au Lycée Claude Bernard.

Le premier jour de mon arrivée à la Fondation Deutsch de la Meurthe, j’avais conscience de la chance d’habiter un lieu d’histoire, un lieu où Paul Guth, comme tant d’autres personnalités, avaient séjourné. Moi qui sortais d’un dortoir dans un lycée de Paris, je découvrais enfin, en marchant sur le vieux parquet ciré qui craquait sous mes pas,  le bonheur d’une chambre individuelle, une chambre pour moi tout seul où je pourrai travailler et écouter la musique en toute tranquillité.

Pèle mêle, je dirai que j’ai en mémoire le silence des lieux, la camaraderie, les merles sifflant sur la pelouse devant ma chambre, une cafétéria sympathique et ses gâteaux à la framboise, une délicieuse femme de ménage vieille France recevant mes parents venus de Bordeaux en leur offrant  thé et cake, la proximité du parc Montsouris où j’allais m’exercer à dessiner, les rencontres avec des étudiants de toutes origines, la visite de certains beaux pavillons étrangers, les diverses animations…

Mes copains de classe me rendaient souvent visite, appréciant, à sa juste valeur, l’ambiance qui régnait dans ces lieux privilégiés. Ils m’accompagnaient au restaurant universitaire de la Maison Internationale, où nous dégustions parfois d’excellentes quenelles de brochet ! Malheureusement, mes horaires de cours étant ceux d’un lycéen, je n’ai pas eu le sentiment d’avoir bénéficié pleinement des nombreux spectacles, événements, rencontres et opportunités que proposait la Cité, et je le regrette encore.

C’est lorsque je me suis rendu dernièrement aux RIAC que j’ai  pu constater que, depuis 1970, avaient eu lieu des changements positifs comme, par exemple, l’entretien remarquable ou la restauration de certains immeubles (Fondation Hellénique, Fondation Abreu de Grancher), d’autres moins évident comme la difficulté à entrer librement, sans carte, dans tous les immeubles, ce que je peux comprendre, vu l’évolution de notre société. Mais j’ai réalisé aussi et surtout l’importance de ce vaste territoire universitaire, la qualité de ses lieux et des habitants qui les font vivre, ainsi que le partage de sa richesse humaine.

En conclusion, ce furent des années d’un réel bonheur qui m’ont apporté la liberté, propice à la création, celle dont j’avais besoin, et qui m’ont permis de comprendre toute la richesse de l’autre dans sa différence. Une sorte de jardin d’Éden, encore présent dans mon travail artistique.

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