26 juin 2015 - Paul Marcel-4

Témoignages d’anciens : Paul Marcel

Paul Marcel est un ancien résident de la Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est (MEASE) entre 1946 et 1950. Il en a également été directeur entre 1987 et 1996. Il est le fondateur, avec son frère Joseph de l’A.S.C.U.P. (Association sportive de la Cité universitaire de Paris) qui a précédé l’actuel service des sports de la Cité. Enseignant de français et de vietnamien, il a été pendant une dizaine d’année (1970-1981) chargé de mission à l’Alliance Internationale et conseiller de l’A.S.C.U.P. jusqu’en 1988.

C’est par un matin lumineux du 28 octobre 1946 que, venant du Vietnam, j’ai franchi les grilles du 59-61 boulevard Jourdan, pour découvrir les premières fondations de la Cité avec leurs architectures originales ; le parc Ouest alors agrémenté d’arbres encore jeunes qui commençaient à prendre sous le soleil de jolies couleurs d’automne. C’était un ravissement.

La bonne fortune m’a permis de faire la connaissance d’hommes et de femmes exceptionnels, hors du commun, qui m’ont beaucoup aidé, beaucoup appris par leurs actions, pour faire vivre l’âme de la Cité. C’est à la Maison de l’Indochine, actuellement Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est que notre directeur, Monsieur André Masson, m’a, le premier, révélé les buts et les idées des fondateurs de la Cité : fournir en priorité aux étudiants économiquement faibles un logement convenable, confortable – créer, par l’interpénétration des cultures, l’amitié.

À cette Maison des étudiants de l’Asie du Sud-Est toujours, ma première femme de service, Claire, qui faisait les lits et assurait la propreté de nos chambres, nous grondait copieusement quand nous n’étions pas assez ordonnés, quand elle croyait que nous nous dispersions un peu trop … mais elle prenait bien soin de nous, à sa manière, sans doute le faisait-elle en pensant à l’inquiétude de nos mamans, et, inconsciemment, dans son travail, comprenait-elle aussi l’esprit de la Cité ?

Les quatre années de résidence à la Maison de l’Indochine restent inoubliables, parmi les plus belles années de ma jeunesse où j’ai eu la possibilité de participer aux différentes activités, manifestations offertes par la Cité, où j’ai eu la chance de nouer de solides amitiés.

Presque quarante années après, durant neuf années à la direction de ma maison, j’ai essayé de l’animer : avec les comités des résidents, les résidents, le personnel, nous organisions des manifestations culturelles, remportions de nombreuses coupes lnter-fondations, préparions des repas gastronomiques où chacun pouvait goûter les différents plats nationaux. L’ambiance familiale, la chaleur du foyer dans lequel nous vivions, laissent, je crois, de bons souvenirs à ceux qui ont su participer à ces activités. Ceux-ci ont sans doute bien compris qu’il est important de quitter la Cité avec ses diplômes mais aussi avec son carnet d’adresses bien rempli !

Mr Paul Marcel et sa femme dans le jardin de la Maison des Etudiants d'Asie du Sud-Est
Mr Paul Marcel et sa femme dans le jardin de la Maison des Etudiants d’Asie du Sud-Est

Avec les encouragements d’André Honnorat, de l’inspecteur des sports Francis Boile, avec mon frère Joseph et quelques amis fanatiques du sport, nous avons fondé l’A.S.C.U.P. (Association sportive de la Cité universitaire de Paris) qui a remplacé le C.O.C.U. (Club olympique de la Cité universitaire de Paris) d’avant-guerre. L’ASCUP, dirigée par les résidents pour les résidents organisait entre autres activités des tournois inter-fondations favorisant les rencontres entre résidents.

Les matches étaient parfois âpres mais nous permettaient aussi de nous découvrir ; des rencontres avec les clubs sportifs des universités étrangères … nous avons, par exemple, reçu à la Cité en 1953, l’équipe de tennis de table du Japon, alors championne du monde.

Madame Honnorat assistait rituellement aux compétitions, à la remise des coupes, clôturant la Journée Honnorat consacrée aux finales de ces tournois amicaux. Sans doute pour me témoigner sa sympathie et son attachement à l’ASCUP, dont j’étais un des animateurs, Madame Honnorat, avant de couper mon gâteau de mariage avait assisté à la bénédiction nuptiale, célébrée en 1962 en l’Eglise du Sacré-Cœur des étudiants, plus connue sous le nom de l’Eglise de la Cité, financée par l’industriel Pierre Lebaudy et bâtie sur la commune de Gentilly en 1936. Concernant les cultes, notons que le Foyer protestant des étudiants est construit aussi en 1936, dans la Villa du Parc Montsouris.

Journée Honnorat
Remise de coupe par Madame Honnorat, lors de la Journée Honnorat du tournoi inter-fondation de la Cité Internationale

Comment ne pas avoir une pensée émue pour Jeanne Thomas, secrétaire d’André Honnorat, qui en 1948 avec Albert Brunois (1911-1915, bâtonnier du barreau de paris, fondateur en 1965 de École de formation professionnelle des barreaux de la cour d’appel de Paris – EFB), Jean Vaujour, Daniel Pépy (Conseiller d’État, Maison des Provinces de France 1937-1939), a créé l’Alliance Internationale des Anciens résidents de la Cité dont le but est d’unir tous ceux qui ayant le privilège de résider à la Cité, ont la volonté de poursuivre l’œuvre de cette institution. Reconnue d’Utilité Publique, en septembre 1968, cette Alliance a tissé un réseau d’anciens répartis dans le monde. Elle réalise, entre autres, un film avec FR3 « Une cité pas comme les autres ».

Elle a été aussi à l’origine du jumelage d’une ville chinoise Zibo avec la Roche s/Yon où elle effectue annuellement « La Découverte de la Vendée » instituée grâce à Claude Delaunay, découverte pendant laquelle, en partageant la vie des familles vendéennes, nos résidents découvrent des aspects de la France profonde. Ceux qui ont connu les Garden Party, Les Fêtes des Nations, organisées par l’Alliance des années 60 s’en souviennent encore avec joie et émotions pour les spectacles culturels, folkloriques, les magnifiques stands nationaux qui couvraient le parc et attiraient le tout Paris.

Évolution:

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Construction du périphérique parisien

Dans le beau parc de 37 hectares, aux essences variées rapportées par A. Honnorat de ses voyages, que le bruyant « périf’ ne longeait pas encore, il existait en 1946, 21 maisons ou fondations ; en 1970, 37 dont 14 maisons rattachées et 23 non rattachées, à la Fondation nationale. De ces résidences sont sortis d’illustres artistes, écrivains, scientifiques, hommes politiques : Jean-Paul Sartre, Habib Bourguiba, Narcisso Yepes, Leopold Sedar Senghor, Raymond Barre, Michel Aurillac, Michel Jobert, et tant d’autres. Notons que la Maison des Etudiants Canadiens a eu pour résidents Pierre-Elliot Trudeau et … Pierre Demers.

Il faut ajouter à ce patrimoine la Fondation Haraucourt dans l’ile de Bréhat, en Bretagne, don de l’auteur du fameux Poème de l’Adieu, à la Cité, au bénéfice des résidents.

La Fondation Nationale partageait dans les années 70 la gestion du chalet de Bonascre avec SUPAéro de Toulouse ; l’ASCUP organisait des stages de ski dans ce chalet pyrénéen.

Depuis quelques années et actuellement, des chantiers rénovent les maisons anciennes. Aussi le confort s’est amélioré. Voilà un des objectifs bien mené.

En 1946, un bachelier pouvait poser une demande d’admission à la Cité ; aujourd’hui il faut avoir un bac +3, ou +4. Le nombre des résidents a doublé depuis 46. Il faut aussi compter maintenant les « stagiaires ».

À ce sujet, je crois qu’en principe, les amitiés les plus fortes, les plus durables se nouent quand on est plus jeune, au cours des premières années d’études et de découvertes. Le résident de l’an 2000 n’est pas celui des années 50, pour de multiples raisons, à cause du changement, de l’évolution même de la société.

Les Associations et les services

La D.C.R. (Délégation des Comités des résidents) représente aujourd’hui l’ensemble des Comités des Résidents au Conseil d’administration de la Cité et s’est ajoutée à l’AIRCUP (Association internationale des résidents de la Cité universitaire de Paris) qui existait déjà en 1946.

Dirigé par Elisabeth Louveau, le Service Cité Culture, installé au Salon Stéphane Ariel (nom d’un excellent animateur du Théâtre des résidents, lui-même résident dans les années 50) fonctionne à la place du CCI (Centre culturel international) animé dans les années 50 par René Bocca, puis Jean Bachelot, alors résidents, devenus directeurs ; le premier de la Maison de Monaco, le second de la Maison Internationale et de la Maison de Cuba. Service qui, entre autres actions, soutient les activités culturelles des résidents. L’ASCIUP (Association sportive de la Cité internationale universitaire de Paris) a remplacé I’ASCUP, supprimé en 1988. Elle est conduite par Alain Braun, directeur du Service des Sports, qui propose des activités et des cours de nombreuses disciplines sportives, bien organisés, allant de l’aquagym au yoga en passant par les danses africaines, sud-américaines, le tango argentin qui connaît en ce moment un réel engouement.

Les tournois inter-fondations continuent de donner aux équipes des différentes maisons l’occasion de se mesurer. Cependant, des résidents anglais, australiens, français et autres s’interrogent sur l’absence d’une équipe de rugby de la Cité alors que face à la Maison des Provinces de France se trouve un beau stade de rugby bien grillagé.

La Bibliothèque Centrale de la Maison internationale, domaine de Marie-Dominique Loustalot, qui s’est bien enrichie, est le lieu d’études et de recherches confortable où l’on peut utiliser des appareils informatiques performants.

Quatre salles de théâtre, dont La Galerie qui remplace l’ancienne salle de bal de la Maison internationale où se déroulaient les grands bals annuels de l’ASCUP, de l’X (École polytechnique) entre autres et où s’étaient produits des musiciens célèbres comme Sydney Bechet, Rex Stewart, Dom Byas …

L’Ambassadeur André François-Poncet, alors Président de la Cité, et qui a beaucoup soutenu l’ASCUP y honorait de sa présence le Bal des sportifs. Une fois, ne pouvant pas assister à ces réjouissances, il écrivit pour s’excuser en me demandant avec son humour: de vouloir comprendre qu’ « il n’était plus de son âge d’aller faire basculer les jeunes résidentes ».

remise d'épé d'académicien à A.François poncet au grand salon de la MI.Poncet signe le livre d'or de la Maison internationale
Remise d’épée d’académicien à A.François Poncet au grand salon de la Maison Internationale. Il signe le livre d’or de la Maison internationale.

Au grand théâtre sont passés, sous la direction de Monsieur Spitzer : Jean Vilar, Gérard Philippe, Jean Renoir, Simone Signoret …

Aujourd’hui, les quatre salles de théâtre avec une directrice artistique Nicole Gautier proposent une programmation régulière de compagnies professionnelles. C’est aussi un lieu de découverte de nouveaux talents.

L’orchestre de la Cité, sous la direction d’Adrian McDonnel, et la chorale dirigée par Eric Colard donnent des concerts remarquables.

L’orchestre international de la Cité universitaire et la chorale des années 50, sous la baguette de René-Pierre Chouteau, ont connu de grands succès en France et ont effectué des tournées à l’étranger.

En 1946, le dispensaire médical qui occupait l’actuelle Fondation Honnorat, alors dirigé par le Docteur René Lacourbe recevait une trentaine de patients, bien soignés, dans une ambiance sympathique. Le docteur permettait aux hospitalisés de faire quelques fois de « petites boums » le samedi soir.

Service médicale de la Fondation Honnorat
Service médicale de la Fondation Honnorat

Grâce à Mademoiselle Dupont et à Madame Jean-Baptiste, assistantes médicales, j’ai bénéficié d’une cure au chalet des étudiants de Combloux à l’ABCDEF (Association bougrement chouette des étudiants fatigués). Nous étions soignés comme des coqs en pâte et certainement pas trop fatigués, puisque nous gravissions allègrement les sentiers pour aller rendre visite à nos camarades étudiantes, logées dans un autre chalet perché dans les alpages, où l’herbe était bien tendre !

Le dispensaire est remplacé par l’Hôpital de la Cité universitaire, construit en 1965, sur l’ancien tennis couvert, grâce aux docteurs Labourbe, Abiven, fondateur du premier service palliatif en France dans cet établissement, le professeur Rémy, éminent radiologue, et beaucoup grâce à Michel Jobert, ancien de la Cité et ancien ministre de De Gaulle.

Pour compenser la suppression de ce tennis couvert et de ce terrain de football du 40 bd. Jourdan, il était prévu la construction d’une patinoire et d’un tennis couvert sur un terrain de Gentilly  appartenant à la Cité. Aujourd’hui vendu, l’Hôpital universitaire fait place à l’Institut mutualiste de Montsouris.

Le beau et bon restaurant propose des repas bien meilleurs que ceux que nous avons dû ingurgiter dans les années 50 : les menus variés comprennent des plats nationaux : paëlla, couscous, parmi d’autres … remplaçant nos saucisses à la purée de petits pois, les merlans « cuits à l’eau de vaisselle » comme disaient les plus difficiles ! Mais nous avions faim … La nouvelle disposition des salles favorise aussi les contacts entre les convives. Les restaurants du parc ouest et sud ne fonctionnent plus depuis quelques années.

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Restaurant universitaire de la Maison internationale de la CIUP

La petite brochure CitéScope paraissait mensuellement pour proposer un choix de nombreuses manifestations, conférences, expositions, concerts, produits dans chaque maison. Le Collège d’Espagne et la Maison d’Allemagne sont presque des centres culturels.

Aujourd’hui la « Gazette » de la CIUP, agréablement présentée, est publiée par la Fondation nationale. On peut regretter que les journaux ou bulletins comme le Journal de la Cité, Univers-Cité, Droit de Cité, Le Courrier des Sports, La Tête et les Jambes… ne paraissent plus.

Voici, brossés rapidement, quelques faits, quelques anecdotes vécus à la Cité depuis 1946 et avant de formuler une réponse aux questions posées à ce colloque, il est de mon devoir de présenter ma reconnaissance aux fondateurs, aux donateurs, aux responsables, les Présidents, les membres du Conseil d’administration, les délégués généraux, secrétaires généraux, personnels, à mes collègues directeurs des fondations, les gouvernements, les organismes partenaires qui ont fait vivre et animé la Cité depuis sa création. De mes années vécues ici, et en m’appuyant sur les témoignages de nombreux amis atteints de la Citéïte, cette maladie que contractent les amoureux de la Cité, je peux répondre que globalement le bilan est positif, que la Cité poursuit sa mission, accomplit son mandat avec des succès divers en fonction des circonstances et des périodes plus ou moins fastes.

Et je souhaite que, pour perpétuer, développer cette magnifique œuvre et l’idéal de la Cité, cette fée qui a le pouvoir et l’influence sur la destinée des hommes ; cette institution qui est un creuset de civilisations, un centre mondial de culture et d’humanisme, je souhaite que tous, en premier les résidents, participent à l’enrichir encore, en retenant la leçon donnée par nos prédécesseurs : d’apprendre à découvrir, à connaître, à comprendre et à entreprendre.

Robert Garric cet apôtre de l’amitié et de la solidarité nous recommande aussi « de croire à ce que l’on fait et de l’entreprendre dans l’enthousiasme« .

L’article ci-dessus est extrait de l’ouvrage « La Cité internationale universitaire de Paris : 75 ans d’évolutions » de la collection Cité Débats. il est reproduit ici avec l’aimable autorisation de la Maison des Etudiants Canadiens.

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