Veselin Djurdjevac

Témoignages d’anciens : Veselin Djurdjevac (1964-1969)

Veselin Djurdjevac est un ancien résident de la Maison des provinces de France. Il revient sur ses années de résidence à la Cité internationale universitaire de Paris au travers de quelques questions.

En quelle(s) année(s) et dans quelle(s) maison(s) avez-vous résidé à la Cité ?

De 1964 à 1967 – Maison des Provinces de France (MPF), comme résident; puis, comme passager, entre avril 1968 et juin 1969 (Victor Lyon, Maison de Tunisie et Maison du Cambodge).

À quelle université étiez-vous inscrit, quelle formation suiviez-vous ? Paris était-il le seul choix possible ?

  • Mai 1962 : arrivée à Paris ; Cours à l’Alliance Française;
  • 1967 : Diplôme d’études supérieurs (DES)d’économie à la Faculté de droit et de Sciences économiques à l’Université de Paris
  • 1970 : DES de Sciences Politiques – Université Paris I-Panthéon-Sorbonne;
  • 1974 : Thèse de Doctorat d’Etat en économie: Université Paris I-Panthéon-Sorbonne;
  • 1976 : Thèse de 3-ème cycle (complémentaire) d’économie. Université de Paris I – Panthéon-Sorbonne;
  • Entre 1967 et 2005, enseignant à la même Université, en économie : chargé de Travaux Dirigés, Assistant, Maître – Assistant, puis Maître de Conférences.

Venant d’un pays ouvert vers l’étranger (Yougoslavie) et polyglotte, Paris constituait l’une des options pour la poursuite de mes études post-maîtrise. Seul bémol, ma faible connaissance du français.

Quels souvenirs gardez-vous de vos années de séjour à la Cité ? Comment était la vie sur à la Cité ?

La découverte de la Cité U a constitué une vraie révélation pour le jeune homme de 24 ans que j’étais alors :

  • La beauté de son cadre
  • Ses richesses architecturales (styles les plus divers) dans le temps et dans l’espace
  • Des bâtiments d’avant-garde (suisse, iranien….)
  • Un esprit cosmopolite.
  • L’opportunité de côtoyer des personnes de pays les plus variés de la planète (leur culture, leur mœurs, leurs préoccupations…).
  • Un lieu  de rêve de voyages lointains, de multiples initiations personnelles et professionnelles et aussi de convivialité.

Au titre d’illustration: – la fameuse et traditionnelle Garden Party, organisée chaque année vers la mi-juin, transformant l’ensemble du domaine en une sorte « d’exposition universelle », les stands de chaque pays cherchant à se présenter sur le plan culturel, touristique et culinaire.

Et le même jour, ce grand festival de danses folkloriques, devant la Maison Internationale, qui montrait au public installé sur la pelouse toute la richesse des pays participants.

Pour les résidents, la possibilité de pratiquer  des activités permettant d’élargir et d’approfondir les relations humaines:

  • Sportives : les compétitions s’effectuaient dans de nombreuses disciplines ; les équipes des pavillons étaient composées de joueurs de plusieurs nationalités.
  • Culturelles : La maison Internationale, mais aussi les différentes Maisons nationales proposaient de nombreuses activités et évènements tout au long de l’année
  • Conviviales : les surprises-parties, organisées fréquemment, rassemblaient un nombre impressionnant de personnes. Contacts et connaissances se nouaient, parfois pour la  vie.

Quant à la Maison des Provinces de France, elle  constituait pour moi un espace  attractif par :

  • Son caractère cosmopolite et la présence des étudiants étrangers;
  • Son ouverture : ce fut la première qui créa son propre bar, ouvert tous les jours et même jusqu’à tard dans la nuit;
  • Son atmosphère générale de respect mutuel (on pouvait débattre sur tous le sujets, jusqu‘à des heures très avancées);
  • Une tolérance quant à la « mixité ».

La Maison des Provinces de France était le précurseur de ce qui va se généraliser par la suite, à savoir la cohabitation des hommes et des femmes au sein d’un même bâtiment.

À l’époque, les visites de femmes (voire des hommes chez les femmes) n’étaient autorisées, sur l’ensemble de Cité, que de façon très limitée et partielle, sans parler des Pavillons où elles étaient purement et simplement interdites.

Diverses formes de clandestinité furent pratiquées avec des complicités à tous les niveaux, d’où des gags et scènes burlesques que je n’ai jamais oubliés.

Les valeurs humanistes à l’origine du projet de la Cité Internationale, étaient-elles une réalité ou une utopie ?

Veselin DjurdjevacLes vœux des pères fondateurs ont été incarnés  pleinement par l’atmosphère instaurée, voire même dépassés étant donné la rapidité de l’évolution sur le plan des échanges entre les pays et les citoyens grâce, entre autres, au développement des moyens  de transport et la multiplication de formes variées d’ouverture.

C’est grâce à cet esprit, propre à la Cité U, que  les secousses  et antagonismes du contexte national (mouvements de 1968 ….) ou international (les conflits au Proche Orient en 1967, la guerre au Vietnam), n’ont pas sensiblement  entravé l’ambiance des lieux, même si vivement ressentis.

Même si les « bouleversements » précédemment cités  ont eu pour résultat des clivages observables dans les lieux de rencontre (resto, piscine, bibliothèques…) où durant une certaine période, on pouvait observer une certaine tendance à esquiver l’autre, l’esprit d’ouverture et de tolérance l’a emporté à chaque fois.

Toutes les langues étaient pratiquées y compris les plus exotiques. Le français, bien naturellement ; mais il y avait un véritable laboratoire d’expression linguistique et une sorte de « compétition » entre les polyglottes des différents pays.

Ceux qui cherchaient la traduction d’un document dans une langue rare ne pouvaient trouver un meilleur endroit…

Malgré les nombreuses activités proposées à la CIUP, avez-vous trouvé le temps et les moyens de suivre correctement vos études ?

Un des principaux avantages, pour ne pas dire le principal de la vie à la Cité U, fut la possibilité de joindre l’utile et l’ agréable.

Mon objectif, était de finaliser mon cursus universitaire, mais également, de ne pas négliger le développement personnel. La Cité m’a permis de m’investir sur ces deux aspects.

Je partais avec un double handicap: des difficultés financières et une connaissance insuffisante de la langue française.

La Maison des Provinces de France (MPF) permettait aux étudiants dépourvus de ressources, comme cela fut mon cas, d’exercer des activités en son sein (bar, réception, bibliothèque, cafétéria). Cette possibilité a été une grande chance, me permettant, en plus de subvenir à mes besoins d’apprécier et de découvrir encore plus intimement la belle énergie du campus.

Vous êtes-vous investi dans la vie de la Cité ? Si oui, de quelle manière ?

Durant mes années passées à la Cité U, je suis allé vers les autres, j’ai cherché  à faciliter les contacts, pour profiter au maximum de ce que la rencontre pouvait m’apporter. Je n’ai négligé aucune manière de découvrir l’immense richesse potentielle offerte par les lieux:

  • Les manifestations culturelles citées précédemment;
  • Les occasions de cultiver la convivialité (repas pris en commun, surprises parties organisées, discussions sur des sujets d’actualité…).

Etes-vous resté en contact avec des résidents de la même époque que vous ou des Anciens de la Cité ?

La plupart des personnes connues durant  mes études et séjours à la Cité U sont reparties travailler et vivre à l’étranger. Cependant, j’ai gardé contact avec certains d’entre eux, bien qu’avec le temps, ce lien se soit parfois distendu.

Comment percevez-vous la Cité aujourd’hui ? Avez-vous l’impression qu’il y ait eu des changements importants ?

En comparant les deux périodes (1964-2015), on peut noter, d’abord, sur le plan environnemental les conséquences néfastes de la “tempête du siècle” de 1999 sur la nature du parc, appauvri significativement malgré les efforts pour lui redonner toute sa splendeur.

Puis, l’omniprésence des automobiles, contrastant. En 1964, ne se voyaient que les rares voitures des Directeurs de Maisons, et, ponctuellement, celles des urgences ou exceptionnellement celles de déménagement.

Et puis, des changements liés à l’évolution générale dans le monde:

  • L’arrivée d’étudiants et d’enseignants de contrées les plus éloignées ;
  • La diversité sur le plan culturel dans l’enceinte de la Cité U;
  • Le développement de l’individualisme et des procédures de sécurité (digicodes, gardiens, …).

Néanmoins, grâce à la créativité et au dynamisme des responsables actuels, on peut avoir une vision optimiste de l’avenir de la Cité.

Que faîtes-vous aujourd’hui ?

Depuis 2005, je suis retraité, et je poursuis mes activités de recherches et d’écrivain.

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