img_05461_2272 - Josep Capdevila

Témoignages d’Anciens – Josep Capdevila (1981 – 1983)

Ce mois-ci, Josep Capdevila a accepté de témoigné sur ses années de résidences à la Cité internationale. De nationalité espagnole, il se défini comme écrivain et peintre scientifiquement révolutionnaire.

En quelle(s) année(s) et dans quelle(s) maison(s) avez-vous résidé à la Cité?
J’ai résidé en 1981 à la MIAA (Maison des Industries agricoles et alimentaires), et de 1982 à 1983 à la Fondation des Etats-Unis.

A quelle université étiez-vous inscrit, quelle formation suiviez-vous?
Je suis diplômé de l’Institut national agronomique et de l’Ecole nationale Nicolas Appert (inventeur de la conserve alimentaire). J’ai fait ma thèse à l’Institut d’études politiques.

Paris était-il le seul choix possible?
Oui, car géographiquement la France se trouvait au milieu de l’Europe (Communauté économique européenne à l’époque), et la Grande Bretagne n’était pas suffisamment européenne à mes yeux.

Quels souvenirs gardez-vous de vos années de séjour à la Cité?
De très bons souvenirs me restent en mémoire, notamment la possibilité de connaître les coutumes de plusieurs pays, l’accueil et la qualité des bibliothèques des maisons, mes amitiés, certaines soirées, les espaces sportifs, etc.

Deux anecdotes me reviennent en particulier : Durant l’année 1981, le Collège d’Espagne était fermé. Les espagnols se faisaient rares à la Cité et je n’étais presque jamais sorti de ma Catalogne natale. Je m’interrogeais donc sur la manière de trouver des amis. A cette époque, la maison de Canada était célèbre pour les soirées des « connus », organisées le week-end. Je proposais de peindre la maison et d’offrir le tableau à la réception. Une fois l’œuvre terminée, je fus invité à toutes les soirées. . « Voilà le peintre » disaient les canadiens et canadiennes lorsque j’arrivais. C’est comme ça que je devins beaucoup plus studieux le reste de la semaine.

Deux ans plus tard, la fermeture du Collège d’Espagne m’attrista. J’adressais une lettre au Président A. Suàrez et à l’Ambassade d’Espagne en France, en proposant mon aide pour le réaménagement et la réouverture du Collège. La réponse ne se fit pas attendre. Au mois d’août 1983, alors que j’habitais à la Maison de l’Allemagne, ils m’offraient la Direction du Collège. Je voulais continuer mes recherches, alors j’ai décliné cette belle proposition.

Comment était la vie à la Cité?
Elle était très bien organisée, je l’ai perçu comme un cadeau. A la MIAA, la vie était plutôt triste, car les étudiants agronomes étaient selon moi peu ouverts. Les week-ends ils rentraient chez eux, en province. A l’inverse moi, j’étais en train de découvrir le monde, à la Sorbonne notamment (le dialogue Nord-Sud, les affaires européennes). Je fréquentais des africains, des asiatiques, qui devinrent des amis.

A la Cité, les relations avec mes camarades de la MIAA ne me parurent plus suffisantes. Mes amis étaient plus nombreux à la Maison de Canada, là où les étudiants se spécialisaient dans diverses disciplines. Pour ce qui est de la Fondation des Etats-Unis, j’appréciai beaucoup qu’elle m’offre une chambre en échange du gardiennage de la maison, le soir et le weekend. J’y découvris la force des Etats-Unis, et y forgea une solide amitié avec un cubain de Floride qui m’appris beaucoup choses.

Les circonstances ont fait que parmi mes amitiés il y eut une jeune et jolie américaine. La première discussion que j’eus avec elle se résuma à : « beautiful legs ».

Les valeurs humanistes à l’origine du projet de la Cité Internationale sont-elles une réalité ou une utopie?
Je crois que c’est une réalité. Résider à la Cité donne l’impression que les frontières entre les pays disparaissent. Les gens aiment partager la vision de leur pays, leurs cultures. On se rend compte alors, que les informations des journaux ne sont pas forcément exactes. En revanche, pour ce qui est de la solidarité, j’ai remarqué quelle fonctionne mieux entre personne de même culture. La confiance naturelle qui lie les occidentaux entre eux, ou les nord africains, facilite la solidarité à l’intérieur de ces populations.

Etes-vous resté en contact avec les résidents de la même époque que vous ou des anciens de la Cité?
Oui ! Il n’y a pas de régularité dans mes rencontres, la plupart de mes anciens camarades ne résident pas à Paris, à deux exceptions près. Les anciens de l’Alliance Internationale ont présenté mes peintures dans l’ancêtre des « Echos de l’Alliance », en août 1999. Ils m’ont également aidé pour la correction de la version française de mon livre. Quelques uns de mes tableaux doivent être encore stockés dans la cave de l’association. Aujourd’hui, je suis plus libre, j’ai du temps à consacrer à l’Alliance. Il me tient à cœur aussi de faire connaître les éléments fondamentaux de ce que j’ai écrit et peint.

En tant que membre de l’Alliance Internationale, quel rôle souhaitez-vous jouer en faveur de l’association des Anciens et plus généralement de la Cité?
J’aimerais connaître davantage les moyens et les objectifs de l’Alliance et si je peux être utile, ce sera avec plaisir.

Etes-vous revenu à la Cité depuis votre séjour? Aimeriez-vous revenir à la Cité si l’occasion vous en était donnée?
Je suis revenu plusieurs fois : au resto U, au Collège d’Espagne, dans les bibliothèques de la Maison de l’Allemagne et de la Maison du Mexique etc. Si l’occasion m’est donnée, j’aimerais bien revenir.

Comment percevez-vous la Cité d’aujourd’hui? Avez-vous l’impression qu’il y ait eu des changements importants?
A mon avis, la modernisation du restaurant est le changement le plus visible. Plus largement, j’ai toujours vu la Cité comme un endroit de rencontres et de réflexions idéales.

Vous voulez rajouter quelques mots ?
Le résultat de 35 années de travail se concrétise par une méthodologie en théorie économique, qu’il me reste difficile à faire reconnaître, car elle remet en question de nombreux intérêts et savoirs de bureaucrates. Mes livres sont très critiques (en 1985 j’avançais les dangers de l’économie espagnole dans la CEE), en 2004 (lorsque théoriquement tout allait bien, j’annonçais la crise actuelle) …

L’important c’est que je théorise l’économie autrement, grâce à mon expérience atypique, tout en n’adhérant pas aux théories économiques, à l’exception de celles de T.M. Keynes. (Voir mon livre Ética, dignidad y trauma). Avec ma peinture, je développe les même sujets que ceux traité de façon littéraire (problèmes, recherches, possibles solutions, etc.). J’appelle cela le Surlenisme. Il s’agit d’un mot valise composé du mélange entre Surréalisme et l’Hellénisme. Restant entendu qu’avec le terme générique Hellénisme, je désigne toutes les civilisations. Je pense qu’il faut en retirer les facteurs de progrès, les respecter, …, et en tirer des actions concrètes.

img_05721_400 - Josep CapdevilaDu fait que le comportement de l’homme est en partie conscient et en partie inconscient, il est intéressant de bien appréhender ces deux faces et de proposer des instruments nouveaux pour la régulation des modèles sociétaux, que ce soit au niveau économique ou social. J’ai une grande santé et je pense peindre encore quelques 1000 tableaux nouveaux. Je ne peux pas rester un minute sans rien faire, avec dans ma poche toujours un papier et un crayon. Si je trouve un soutien financier (la valorisation de ma peinture), alors j’aurai davantage de temps pour réfléchir, écrire et proposer. J’ai déjà commencé un ouvrage qui va m’occuper plusieurs années, dans lequel je souhaite définir une nouvelle discipline pour les humanités, plus crédible et plus utile. Les structures sociétales actuelles ont été un échec. Je l’ai montré dans le livre ci-dessus signalé.

Le fait d’avoir étudié et travaillé autour de trois domaines différents (Sciences, Humanités et la Peinture) me permet de proposer des idées nouvelles dans la voie des intégrations inter disciplinaires. C’est avec cette illusion que je rédige mes livres, chaque fois plus complexes, l’informatique aidant à mieux intégrer les variables les plus étranges, notamment celles qui dérivent du comportement de l’homme. PS : Il ne faut pas croire que je prétends tout savoir, car au contraire, il y a des domaines dans lesquels je ne connais rien. La musique, par exemple.

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